
Hommage à Edgar Morin
Il est souvent venu à Auxerre, pour rencontrer ses lecteurs, ou plus discrètement pour rendre visite à son ami, Jean-François Dortier, le fondateur du magazine Sciences humaines. Le sociologue Edgar Morin nous a quittés le 29 mai dernier, à presque 105 ans. Lui dédier ces Entretiens d’Auxerre, lui rendre hommage, c’est tâcher de concilier le goût de l’espérance et de la lucidité, l’une ne devant jamais évincer l’autre.
Toute sa vie, Morin s'est attaché à défendre un "humanisme régénéré", prenant acte de la complexité du réel. Il a défendu une pensée reliée, capable d’articuler le culturel et le biologique, le local et le planétaire, la raison et l'incertitude. Il nous a appris que comprendre une société, c'est accepter de la regarder sous plusieurs plans, sans figer le diagnostic.
La question « Où va la France ? » ne pourra recevoir de réponse unique ni assurée. Elle invite à multiplier les regards , ceux des penseurs, des artistes, des citoyens, des jeunes générations.
Héloïse Lhérétédirectrice de la rédaction, Sciences humaines
Ils seront présents
pour l'édition 2026
Dominique Bourg, philosophe
Pascal Perrineau, politologue
Serge Hefez, psychiatre
Hakim El Karaoui, essayiste
Sylvie Retailleau, physicienne, ex-ministre
Alberto Toscano, politologue
Pascal Dibie, ethnologue
Claire Hédon, ancienne défenseure des Droits
Jean Viard, sociologue
Gérald Garutti, philosophe
Entre désespoirs et espérances
Où va la France ? Voilà une question qui est aujourd’hui dans la tête des Français, largement alimentée par l’incertitude, le doute, l’inquiétude, et le relatif pessimisme qui ont pu s’emparer de leurs esprits ces derniers temps. Nous avons décidé de la prendre au mot et de tenter dans cette nouvelle édition des Entretiens d’Auxerre d’y apporter sinon des réponses claires et définitives en tout cas des éléments tangibles pour mieux analyser et comprendre les enjeux auxquels le pays est confronté. Il s’agira de penser la France dans sa réalité présente, mais aussi et surtout de la projeter dans un avenir possible et, autant que faire se peut, désirable. Les Français, de tous les Européens, et bien au-delà, sont les plus pessimistes quant à l’avenir collectif qu’ils peuvent espérer. Est-ce fondé ? Quel diagnostic peut-on porter ?
Car si la France doute et désespère, elle rescelle aussi un extraordinaire réservoir d’énergies et d’inventivité positive. Elle peut encore défendre son modèle social et s’appuyer sur les forces de solidarité, au niveau local et dans des réseaux de proximité, qui animent la résilience de nombre d’individus. Elle peut aussi compter sur les dispositions à l’engagement de ses habitants, et notamment sur les jeunes dont les actions bénévoles sont nettement en progression. Et si l’insatisfaction et la défiance envers les responsables et les institutions politiques apparaissent incompressibles, les citoyens ne désertent pas la politique et appellent de leurs vœux davantage d’implication et de démocratie pour arbitrer les décisions engageant le pays. Enfin, c’est aussi la France dans sa grandeur passée et dans la fierté qu’elle peut susciter quant à son histoire et la mémoire des hauts faits qu’elle a portés, quant à son patrimoine culturel et symbolique, qui résonne dans le cœur des Français. Cette France-là fait pleinement partie de nos imaginaires. Elle ne doit pas être oubliée. Nous en montrerons les images et en ferons entendre les chansons.
Anne Muxel
Présidente du Conseil scientifique des Entretiens d’Auxerre

